Chapter Text
« salle conf 9 ASAP »
Le message de Stratt était bref et clair, comme toujours. Il y en avait bien, au début, pour s’offusquer du manque de politesse et du ton péremptoire de ces notifications. Stratt s’en fichait, et l’urgence de la situation s’était rapidement intégrée dans les esprits. L’être humain a cette étonnante capacité d’adaptation, même aux pires circonstances.
Grace n’en faisait plus cas, abandonnant sa tâche en cours pour se rendre au lieu indiqué. La salle de conférence numéro neuf devait son nom pompeux à son usage plutôt qu’à sa forme — quoique, dix mètres carrés, c’était assez vaste vu les standards de la base. Une table, pas moins de cinq chaises et une connexion satellite. Le top du top. À peine eut-il poussé la porte que Grace comprit que Stratt était de mauvaise humeur. La cheffe de l’Unité Petrova était habituellement imperturbable et peu expressive. Mais à force de la côtoyer ces derniers mois, Grace avait appris à reconnaître certains signes. Les lèvres pincées, le léger tic agitant son auriculaire droit… Stratt était de mauvaise humeur.
Elle leva ses yeux glacés sur lui.
— Vous voilà. J’aurais dû me douter que votre frère serait un emmerdeur dix fois pire que vous.
Grace ouvrit la bouche, mais ne sut quoi répondre.
Comment connaissait-elle l’existence de son frère ? Ils avaient beau être jumeaux, ils ne portaient pas le même nom. Colt avait pris celui de leur mère, Seavers, qui sonnait visiblement mieux aux oreilles d’Hollywood et, en tant que cascadeur, il restait toujours dans l’ombre des projecteurs. Son nom n’était connu que des équipes techniques, pas du grand public.
Question stupide. Stratt était venue le chercher dans sa salle de classe de collège en sachant précisément qui il était, de ses diplômes jusqu’à sa thèse et son éviction du milieu de la recherche pour ses remarques controversées. C’était pour cette raison qu’elle était venue le chercher. Alors évidemment qu’elle savait pour son frère jumeau qui ne portait pas le même nom que lui.
Stratt sait tout.
Et si Grace s’accordait avec elle sur le fait que Colt était un emmerdeur de première, cela n’expliquait pas la mauvaise humeur de Stratt, ni sa convocation dans la très spacieuse et équipée salle de conférence numéro neuf. À moins que… Non…
— Profitez bien, lâcha Stratt avec l’ombre d’un sourire, visiblement amusée de le voir à court de mots.
— Je…
La porte claqua avant qu’il sache quoi dire.
— Ryland ? Ryland, c’est toi ?
Grace opéra un tour sur lui-même à trois cent soixante degrés, manqua de perdre l’équilibre dans le mouvement, cherchant l’origine de cette voix familière — qui n’avait d’ailleurs rien à faire ici — alors que la pièce était vide. Son regard tomba sur une tablette posée sur la table, visiblement reliée à la connexion satellite, sur laquelle s’affichait en grand le visage furieux de son frère.
— Colt ?
— Ryland, écoute-moi bien ! J’ai besoin que tu me prouves que c’est bien toi qui me parles !
— Bien sûr que c’est moi, qui veux-tu que ce soit d’autre ? Comment t’as obtenu cette liaison satelli...
— Ça pourrait être n’importe quel connard du gouvernement utilisant une deepfake !
Grace se figea à ces mots.
Cette idée avait tout de la théorie du complot absurde, mais il savait le sujet sensible pour Colt. Après tout, il avait été accusé à tort de meurtre par une vidéo trafiquée. Alors Grace comprenait qu’il soit légèrement paranoïaque là-dessus. Il prit une brève inspiration, refoula ses questions et sa frustration.
— Comment je peux te prouver que je suis bien moi ? demanda-t-il calmement.
— Dis-moi un truc que seul Ryland Grace peut savoir.
Un instant, l’esprit de Grace demeura entièrement vide, pris au dépourvu. Il tira sur ses lunettes, les laissant pendre par une seule branche à son oreille et se massa le front. Un souvenir d’enfance ? Ils étaient très proches quand ils étaient jeunes, avant que l’adolescence et ses déboires les éloignent l’un de l’autre. L’image d’un rongeur lui vint soudain en mémoire.
— Carotte n’est pas Carotte, dit-il en remettant ses lunettes.
Carotte était le cochon d’Inde — cavia porcellus — de leur classe de primaire. Colt l’avait laissé s’enfuir par mégarde un jour, après les cours. Malgré tous leurs efforts, ils n’avaient jamais réussi à le retrouver. Paniqués, ils avaient réuni tout leur argent de poche pour en acheter un autre à l’animalerie et le remplacer. Ils avaient eu une chance incroyable d’en trouver un de ressemblant.
Ni Colt ni Grace n’avaient jamais parlé de ça à personne. Même si, avec le recul, leur instituteur devait bien se douter de quelque chose, mais il n’avait rien dit.
— Carotte, le lapin de notre grand-mère, reprit Colt dans le but évident de le tester.
— Tu sais bien que non. Carotte, le cochon d’Inde de notre classe que tu as laissé s’échapper.
— OK, c’est bien toi, soupira-t-il, soulagé.
Grace se passa les mains dans les cheveux, n’en revenant toujours pas d’être en communication directe avec son frère jumeau au beau milieu d’une base militaire secrète internationale.
— Bon, maintenant qu’on est au clair là-dessus, tu peux m’expliquer comment t’as obtenu une liaison satellite avec Stratt ?
— Ryland, putain, qu’est-ce qui t’a pris de quitter le pays pour t’engager dans une mission suicide ? s’exclama Colt en même temps.
Le soulagement de son frère n’avait pas duré longtemps, vite remplacé par une colère écrasante.
— Alors, c’est pas une mission suicide, corrigea Grace. Enfin, techniquement si, mais je suis pas du tout dans la partie suicide, moi ! Je connais les astronautes qui vont partir, et vraiment, je les admire. Iels font preuve d’un courage et d’une abnégation incroyables, mais je ne pourrais jamais, jamais faire ce qu’iels vont faire…
— Mais merde Ry', tu t’entends ? Dans quoi tu t’es engagé ? Qu’est-ce qui t’est passé par la tête, bordel ?
Grace soupira, bien conscient que Colt était inquiet et énervé — un très mauvais mélange chez lui —, mais agacé de se faire couper la parole de la sorte. Son frère ne prenait même pas la peine de l’écouter, comme toujours.
— Bah, ça s’est un peu fait comme ça, une chose en entraînant une autre…
— Une chose en entraînant une autre, tu quittes le pays sans prévenir personne ? s’écria Colt, furieux. Impossible de te joindre nulle part ! Ton appart vide ! Personne qui sait où te trouver !
— Comme ça tu vois ce que ça fait quand ton frère disparaît du jour au lendemain ! explosa Grace.
Il regretta ces paroles à l’instant où elles franchirent ses lèvres. Il nota le léger mouvement de recul de Colt, à l’écran, signe qu’il l’avait blessé. Évidemment qu’il l’avait blessé.
— OK, temps mort, ajouta-t-il précipitamment.
Colt se renfrogna, mais respecta sa demande.
C’était une règle que leur mère avait rabâchée pendant des mois et des mois, au début de leur adolescence, quand ils dépensaient toute leur énergie à se disputer. Un temps mort pour réfléchir et considérer le point de vue de l’autre. Ils l’avaient à peine écoutée, à l’époque, jeunes cons insouciants qu’ils étaient. Mais c’était l’une des dernières choses qu’elle leur avait apprises avant de mourir, alors c’était resté. Dès que l’un demandait un temps mort, l’autre se taisait.
Grace retira ses lunettes, les faisant glisser à la surface de la table sans faire attention. Il pressa son visage au creux de ses mains, prit une longue et lente inspiration. Il tira une chaise à lui, se laissa tomber dessus.
— Je suis désolé. Je voulais pas dire ça, je le pensais pas. Je me suis emporté.
Grace comprenait pourquoi Colt s’était coupé du monde, coupé de sa petite amie, coupé de la seule famille qui lui restait, après son accident. Oh, sur le moment, il avait été furieux, et terrifié, et furieux, et frustré, et impuissant. Mais avec le recul, il avait compris que son frère avait besoin de s’isoler pour faire face à son traumatisme.
Chacun gérait les choses à sa façon, Grace ne pouvait pas lui reprocher cela.
S’il avait été en colère lorsqu’ils avaient repris contact, c’était parce que son abruti de frère avait fait croire à sa mort, pas parce qu’il avait pris une distance dont il avait besoin pour guérir. Mais c’était une tout autre histoire, ça.
Colt hocha la tête, acceptant ses excuses.
— Ryland, qu’est-ce que t’as foutu, bordel de merde ?
Grace soupira.
Ouais, il aurait peut-être dû prévenir son frère quand toute cette histoire avait commencé.
À sa décharge, ils ne se parlaient pas régulièrement. Il pouvait se passer six mois sans qu’ils échangent de nouvelles, chacun occupé par son quotidien. Cela ne voulait pas dire qu’ils ne tenaient pas l’un à l’autre, juste que leurs vies avaient pris des trajectoires différentes, qui ne se rejoignaient que ponctuellement. Ce qui leur convenait à tous les deux. Mais ça n’excusait pas de passer sous silence une telle information. Colt avait raison d’être en colère.
Alors Grace lui raconta toute l’histoire, depuis ce jour où Stratt avait débarqué dans sa salle de classe pour lui parler de sa théorie sur une forme de vie non basée sur le mélange hydrogène-oxygène, de sa tentative pour le prouver — un échec cuisant qui fit bien rire Colt — et de toutes les découvertes qui avaient suivi. Grace connaissait tout du projet Dernière Chance, ce qui était dévoilé au grand public comme ce qui était classifié. Il aidait même à la vulgarisation des données, pour que l’information soit accessible à toustes. Il savait quoi dire à son frère et quels détails garder sous silence — ce qui agaça prodigieusement son jumeau.
— Bon, maintenant que tu sais tout…
— Presque tout, grinça Colt.
— N’insiste pas, je ne peux pas te révéler ce qui classé secret défense, soupira Grace. En revanche, toi, tu veux bien m’expliquer comment tu as obtenu une liaison satellite avec Stratt ?
— Oh ça… Fallait bien que je retrouve mon petit frère… répondit Colt avec un sourire en coin.
Grace détestait ce sourire en coin. C’était souvent le signe d’emmerdes imminentes.
— Qu’est-ce que tu as encore fait, Colt ?
— Qu’est-ce que tu voulais je fasse ? soupira-t-il dramatiquement. Tu répondais pas au téléphone, ni par mail. Alors je me suis pointé à ton appart et j’ai défoncé ta porte…
— Quoi ? Mais tu as un double des clefs ! s’insurgea Grace, catastrophé.
— Je les retrouvais pas et j’étais pressé. Bref. T’étais pas chez toi, évidemment, et aucun de tes voisins ne savait où t’étais passé. D’ailleurs, la petite mamie du premier étage est adorable, et elle fait des cookies absolument délicieux.
— Me dis pas que t’es allé déranger tout l’immeuble…
— Bien sûr que oui, tu avais dis-pa-ru !
Grace gémit en laissant sa tête tomber sur la table. Il n’allait entendre parler que de ça pendant des années quand il allait rentrer. Et comme toujours, on ne cesserait de le comparer à son frère… Il en désespérait d’avance.
— Du coup, je suis allé à ton collège…
Il se redressa brusquement à ces mots, les yeux écarquillés.
— Quoi ? croassa-t-il.
— C’était la suite logique. Au fait, tu sais que ton vélo est toujours accroché à la grille ?
— Je…
— Tes élèves y déposent des fleurs et des cartes, ça m’a fait flipper quand j’ai vu ça ! Même si en vrai, c’est plutôt mignon… D’ailleurs, ce sont tes élèves qui m’ont raconté que des types en costard avec des 4x4 noirs étaient venus t’embarquer à la sortie des cours. Iels sont persuadé-es que tu as été enlevé par la CIA.
Ce qui n’est techniquement pas faux, la CIA participant au projet Dernière Chance comme de nombreuses autres organisations — même si elle n’avait pas de lien direct avec son départ des États-Unis.
— Par contre, ensuite, les théories divergent, continua Colt.
— Comment ça ?
— Tes élèves ont beaucoup d’imagination. Certain-es pensent qu’on t’a enlevé le cerveau pour le brancher à ceux d’autres scientifiques afin de trouver une solution au problème du soleil.
Un léger rire lui échappa. C’était métaphoriquement le cas. Mais sans opération du cerveau, merci bien.
— D’autres croient que tu as été offert en sacrifice aux extra-terrestres. Enfin, certaines parties de ton corps. Ton cerveau, plus précisément. Mais ma préférée, c’est que tu as été cloné et envoyé direct sur le soleil pour le réparer !
— Je… Je ne sais pas où iels vont chercher tout ça…
— Moi non plus, et ça ne m’avançait pas plus que ça. Ma seule piste un minimum cohérente pour te retrouver, c’était la CIA. Les types en costards, les 4x4 noirs, les enlèvements, ça leur ressemble bien…
Grace pourrait émettre une certaine réserve sur son raisonnement, mais il était plus inquiet de ce que Colt avait fait ensuite.
— Du coup, je suis allé au siège de la CIA et j’ai foutu le bordel, annonça joyeusement son frère.
Un gémissement désespéré lui échappa alors qu’il laissait à nouveau sa tête tomber contre la table. Grace comprenait mieux la mauvaise humeur de Stratt. Il imaginait très bien Colt taper un scandale devant les bureaux de l’une des plus grandes organisations gouvernementales des États-Unis, mais il se figurait moins comment on avait pu accéder à sa requête…
— Y a un gars en costard qui m’a reconnu, expliqua Colt. Enfin, il t’a reconnu toi, en me voyant moi. Tu vois le genre ?
Grace se redressa et hocha la tête. Ça arrivait fréquemment lorsque l’un d’eux croisait une connaissance de l’autre qui ignorait qu’ils étaient jumeaux. Certains devinaient assez vite la vérité, mais beaucoup les confondaient purement et simplement, donnant parfois des situations aussi ahurissantes qu'agaçantes.
— Bref, il a compris qui j’étais. Donc, à force d’insister, il a fini par passer quelques coups de fils et boum, me voilà !
Colt avait dû se montrer déraisonnablement insistant pour que l’information remonte jusqu’à Stratt en personne, mais Grace n’était pas certain de vouloir s’attarder là-dessus. Cet appel était suffisamment riche en émotions et il réalisa subitement qu’il était heureux de pouvoir parler à son frère. Ces derniers mois avaient été une telle frénésie, loin de chez lui, loin de tout repère familier, alors voir le visage de Colt, entendre sa voix, même se disputer avec lui, faisait un bien fou.
— Par contre Ryland…
— Mmh ?
— Je me doute qu’on est sur écoute…
Sur écoute, peut-être pas, mais cet appel était forcément enregistré. Question de sécurité.
— Mais je dois te poser la question et j’ai besoin que tu sois absolument sincère avec moi, Ry.
Grace se demanda quelle idée stupide son frère avait encore inventée, mais le ton et l’expression terriblement sérieuse de Colt l’alertèrent.
— Est-ce que tu es là-bas contre ton gré ?
— Quoi ? Non ! Enfin, on m’a pas vraiment demandé mon avis quand je suis monté dans l’avion, mais je…
— Je viens te chercher, s’iels te retiennent contre ta volonté ! s’exclama Colt avec cette assurance vertigineuse qu’il avait parfois, et annonciatrice de problèmes. Peu importe où iels te cachent, je viendrai !
Il en serait capable. Réellement. Ce qui était aussi terrifiant que touchant.
— Non, trancha calmement Grace.
Il devait absolument paraître sûr de lui, sinon Colt ne le croirait pas et mettrait son idée folle à exécution.
— C’est vrai que tout est arrivé très vite et que je me suis retrouvé embarqué sans comprendre l’ampleur du projet. Mais je ne regrette pas d’être ici. Je veux être ici. Le travail que je fais, c’est vraiment important. Non seulement j’aime ce que je fais, mais je me sens utile. Je suis désolé de ne pas t’avoir tenu au courant, mais tu n’as pas à t’inquiéter. Je suis là où je veux être, là où est ma place.
Colt le dévisagea pendant de longues secondes, sans rien dire, et son regard le transperça à travers l’écran, comme si son frère était juste là, en face de lui, à quelques centimètres et non à l’autre bout de la planète.
Il viendrait vraiment, réalisa Grace. S’il avait le moindre doute, ou si Grace lui demandait, il viendrait. Il ignorait comment il se débrouillerait pour trouver une base militaire secrète internationale, mais il viendrait. Cette certitude lui arracha un frisson en même temps qu’elle lui réchauffait le cœur. Grace aurait tant aimé, à cet instant précis, pouvoir prendre son frère dans ses bras et le serrer contre lui, alors même qu’ils n’avaient plus partagé ce genre de geste d’affection depuis des années.
— D’accord, je te crois, dit-il finalement. Mais jure-moi que tu ne monteras jamais dans cette putain de fusée !
— Promis ! affirma Grace. Je n’ai aucune envie de mourir dans l’espace et je t’assure que personne ici ne prévoit de m’envoyer là-bas. Je ne suis pas du tout préparé à ça, je serais la pire personne pour cette mission. Vraiment, aucun risque.
— Bien.
Colt paru enfin se détendre. Un sourire étira ses lèvres.
— Qui m’a foutu un frangin pareil ? Sérieux, c’est cardio de t’avoir comme frère !
— Tu peux parler.
Ils échangèrent quelques piques sur le même ton, dans une mécanique bien huilée et réconfortante.
— Hé, Colt ?
— Ouais.
— Merci d’être là pour moi.
— Oulà, tu deviens sentimental ?
— Non, c’est juste que…
Grace chercha ses mots. Ce n’était jamais facile de parler de sentiments avec son frère. Mais c’était peut-être l’acharnement de Colt à le retrouver, ou le danger omniprésent de cette mission, l’urgence climatique qui pesait sur la planète entière… toute cette situation exceptionnelle lui donnait envie de retrouver la complicité et la proximité qu’il partageait autrefois avec son jumeau.
— Je me rends compte que tu me manques, avoua Grace. Quand mon travail ici sera fini, on pourrait peut-être se voir plus souvent ? Si ça te dit…
Colt ne répondit pas de suite, et Grace regretta un peu de s’être ouvert de la sorte. Ils n’avaient pas l’habitude de parler ainsi, c’était probablement une mauvaise idée, il aurait mieux fait de se taire, il allait juste rendre la situation gênante, quel idiot…
— Tu me manques aussi, marmonna Colt au bout d’un moment.
Grace sentit son cœur bondir et son sourire remonter jusqu’à ses oreilles. C’était peut-être Jody qui avait attendri ainsi son frère, le poussant à s’ouvrir plus facilement.
— Alors évidemment qu’on se verra plus souvent, quand t’auras fini ! Et on va s’appeler aussi, en attendant.
— Les appels, ça va être compliqué ici, précisa Grace, profondément heureux, en essuyant ses yeux humides. Mais je vais te donner une adresse mail, on pourra s’écrire…
— Du moment que tu m’envoies pas tes énormes pavés impossibles à lire.
— Hé, ils sont très bien mes pavés !
Ils plaisantèrent un moment encore, puis Grace dut mettre fin à la conversation. Il avait beaucoup d’obligations et la deadline du Projet approchait de plus en plus. Il était toutefois heureux et soulagé d’avoir pu parler à son frère, libéré d’un poids qu’il n’avait pas conscience de porter. Ils promirent de s’écrire régulièrement, de ne plus laisser le temps et la distance les éloigner.
Grace ressortit de la salle de conférence avec les yeux humides et un léger sourire.
Toute cette histoire aurait au moins permis de les rapprocher.
