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Entre Deux Âmes Cabossées - Carl Hickman & Foxa (Original Animal Character)

Summary:

Un ancien policier tombé suite à l'invalidité de sa main recueille impulsivement une étrange créature pourchassée au coeur de la fête foraine... Une renarde avec deux ailes blanches. Elle est blessée et terrifiée, mais quelque chose brille dans ses yeux. Un éclat perturbant. Carl Hickman n'a aucune intention de la laisser derrière lui.

Une collection de courts fragments de textes qui explorent la relation qui se développent entre un humain qui n'a plus rien à perdre et une étrange créature qui n'était jamais censée exister. Ces textes couvrent des sujets comme la maltraitance animal, l'utilisation de la drogue, l'amitié...

Mon but est d'un jour compiler une entière fanfiction en écrivant ces textes sans ordre chronologique particulier.

Note: Foxa est une renarde avec des ailes blanches et des yeux bleus, qui paraît ridicule mais est très importante à mon coeur.
Vous pouvez trouver plus d'informations à son sujet sur sa page Character Hub.

Notes:

⚠️ Trigger Warning: Maltraitance animale, crises de panique et traumatismes, descriptions réalistes d'interventions médicales et de blessures, crimes

Chapter 1: “Peut-être pas si inutile que ça, finalement.”

Chapter Text

Carl Hickman (Crossing Lines) - Foxa

Wordcount: 2544

 

“Peut-être pas si inutile que ça, finalement.”

 

L’air d’Amsterdam était frigorifiant et chargé d’humidité en cette période. Le flic sentait les nerfs de sa main l’élancer à vif. Les vagues de douleur le parcouraient avec le rythme d’un marteau-piqueur, remontant parfois tout le long de son bras. Il serrait les dents, les joues creusées, des cernes traînant sous ses yeux qui témoignaient une fatigue incommensurable. Ce n’était que le début de la journée. Le soleil n’était même pas encore levé, le ciel présentant seulement ses premières nuances de l’aurore. La nuit avait été si rude qu’il en oubliait presque qu’il n’était plus seul dans son taudis.

Un petit mouvement sur la banquette située un peu plus loin lui fit redresser la tête. Un frottement de plumes contre les vieilles couvertures usées qu’il avait déposé en vrac pour une créature qu’il avait impulsivement ramassée et dont il ne savait quoi penser. Alors que Carl était assis à table en train d’examiner sa main droite, inutile et pesant comme un poids mort, elle avait les yeux rivés vers lui. Deux éclats de saphir azuré scintillant dans la pénombre, cillant à peine comme si la moindre fraction de seconde d’inattention pouvait lui être fatale. Une drôle de… Renarde, qui portait deux étranges appendices accrochés sur le dos, intégrés à la chair, si réels. Deux ailes de plumes blanchâtres qui contrastaient avec le roux flamboyant de son pelage encore souillé de boue. Des plumes qui auraient sûrement été époustouflantes… Si elles n’avaient pas été abîmées par qui diable savait ce qui lui était arrivé dehors. Il avait eu du mal à semer les traqueurs qui essayaient de l’acculer, dans des coins reculés du parc, alors qu’elle tentait de se boucher les dents creuses sur des déchets. La pauvre bête, peut-être poursuivie depuis des heures ou des jours, avait fini par s’effondrer dans un buisson de ronces, le corps enchevêtré dans sa panique. Quand il l’avait apportée dans son van, elle avait voulu le mordre, se débattre furieusement avec le peu de force qu’il restait dans son si petit corps, ses pattes noires si fines frappant hasardeusement alors qu’il l’avait enroulée dans sa veste. Il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. Le monde entier paraissait en avoir après elle. Et elle était… Sauvage. Ou pas. Parce qu’elle avait l’air de n’avoir rien connu de l’extérieur. Du vrai extérieur.

Son aile gauche avait été touchée. Une plaie suintante et boursouflée qu’il avait dû traiter en toute urgence alors qu’elle luttait, tout ça avec seulement cinq doigts de disponibles, les nerfs enflammés dans les autres, l’esprit perdu dans la brume de la morphine et le pur coup de tête : il n’était jamais censé ramener quoi que ce soit dans son van, pas avec tout le travail qu’il avait à faire, pas avec son rôle d’espionnage dans la foire de Genovese. Encore moins un être-vivant qu’il hésitait à caser entre ce qui était censé être une victime, une pièce à conviction d’anomalie biologique ou une chose qui avait voulu lui arracher sa seule main apte.

Il se souvenait très bien du débris d’acier qu’il avait extrait. Un traceur qu’il avait pris soin d’endommager et de se débarrasser. Mais… Honnêtement, le parc, la foire, son van… Tout ça était loin d’être un havre de paix, maintenant. Bien sûr que le danger rôdait. Ceux qui étaient à ses trousses étaient loin d’être des bleus.

Il aurait pu appeler Louis Daniel. L’équipe de l’ICC. Mais… Il savait très bien où la renarde finirait ses jours s’il le faisait maintenant sans même comprendre ce qu’elle représentait. Elle finirait dans une cage, sûrement reléguée à d’autres mains, d’autres bureaux, comme une “preuve”, comme une “chose”. Ce n’était pas le moment. Peut-être même que ses bourreaux étaient infiltrés de l’intérieur. Alors il n’avait pas encore appelé. Même si cela signifiait qu’il cachait peut-être un secret d’état dans son véhicule miteux, garé aux abords d’un carnaval qui lui devenait insupportable, en cohabitation distante et discrète avec son pire ennemi.

Ce matin, la renarde s’était réveillée plus vive que la veille. Elle s’interrogeait. Elle ne saisissait pas ce qu’elle faisait là. De son point de vue, il n’était sûrement qu’un énième geôlier. Un nouvel humain qui l’avait en sa possession, dans une nouvelle prison qui sentait les opiacés douteux, le café noir et la transpiration d’un homme qui ne dormait quasiment jamais et qui entassait les dossiers et photos de crimes internationaux. Elle avait mangé. Enfin, plutôt… Dévoré le jambon qu’il lui avait lancé par petits morceaux. Après avoir inspecté minutieusement le premier. Elle était affamée. Et elle savait que la moindre miette était peut-être sa dernière avant longtemps. Et cela serrait le cœur du policier. Elle avait un comportement… Si… Lourd de preuves. De celles d’un être qui avait été brisé, encore et encore. Trop de fois. Peut-être toute sa vie. Qui n’avait dû compter que sur lui-même pour se débrouiller dans un univers beaucoup trop cruel. Et ce genre de vie, il en avait trop vu sur le terrain et les enquêtes.

Elle avait essayé d’ôter son bandage. Carl avait à peine sifflé pour détourner son attention. La renarde ne savait même pas ce que c’était, un soin. Un bandage. Une main tendue sans mauvaise intention. Il n’y avait pas que le fait qu’elle soit un animal, même si cela devait beaucoup jouer. Non, son regard… Il y avait quelque chose. Un passif. De l’expérience. Et de la confusion. Beaucoup trop de confusion. Elle semblait ne rien comprendre à sa situation. Comme si elle s’attendait à un coup qui ne venait pas. Elle était persuadée, au plus profond de ses tripes, qu’il était comme tous les autres. Que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne révèle son véritable visage “d’humain”.

Et pourtant, à cet instant précis, la renarde avait les oreilles redressées, la tête légèrement inclinée, alors que Carl avait le gant ôté. Par habitude, il s’empressa de remettre son gant de cuir brun pour cacher son invalidité. Celle qui répugnait les gens. Celle qui le répugnait lui-même. C’était idiot. La renarde avait sûrement bien autre chose à faire que juger l’état pitoyable de sa main. Peut-être même qu’elle était incapable d’émettre tout jugement. Mais… C’était… Devenu un réflexe. Il détourna le regard quelques secondes, presque comme s’il cherchait à s’excuser de la vision à laquelle il l’avait exposée.

Il tourna à nouveau la tête vers elle, s’arrêtant sur son bandage de fortune. Le sang commençait à le transpercer. C’était l’heure de le changer. Mais… Cela serait encore moins évident alors qu’elle n’était plus exténuée et sous le choc. Cette fois, elle avait l’air pleinement consciente. Elle ne manquerait probablement pas de vouloir lui sauter au visage s’il daignait encore une fois poser le doigt sur elle.

— “Tu vas me donner du fil à retordre, toi, pas vrai, petite chose…?” Fit-il dans un rictus sans réelle joie. “Mais, tu sais, là… Si je fais rien, tu passeras pas la journée.”

La renarde se contenta seulement de le toiser.

— “C’est ridicule, je te parle comme si tu pouvais comprendre un traître mot de ce que je dis… Et même si tu pouvais, t’aurais aucune raison de faire confiance à un pauvre vieux flic qui se shoote dans son van…”

Elle inclina la tête.

Carl plissa les yeux, soupira puis se leva avec une lenteur mesurée pour ne pas provoquer un seul geste brusque. Il se dirigea vers son plan de travail improvisé, préparant une nouvelle compresse.

— “Si je fais rien… Ton aile, elle… Elle deviendra…”
Il déglutit.
— “Probablement aussi inutile et lourde que ma main. Et crois-moi, c’est pas ce que tu veux.”

Il finit par s’approcher de la banquette où la renarde était installée et recroquevillée. Avec une extrême précaution, il s’accroupit, tout en gardant son visage à distance au cas-où la bête passait en mode agressif, évitant le contact visuel pour ne pas l’intimider comme un prédateur.

— “Bon, écoute, il me reste plus que cinq doigts, alors si tu pouvais éviter de me les broyer, ça serait vraiment sympa.”

Les muscles de la renarde se tendirent quand il voulut tendre sa main vers elle. Il s’arrêta immédiatement. Alors il s’autorisa à la regarder droit dans les yeux, rencontrant les siens. De bleu à bleu. D’observateur à observateur. 

Dehors, le monde grisailleux hollandais s’était figé à son tour. Dans le van, l’ambiance était électrique. Carl cherchait un terrain d’entente avec une créature qui ne discutait pas la même langue.

Hickman posa la compresse sur le bord de la banquette. Il ressentit un soudain frisson quand il remarqua que les deux éclats azurés de la renarde étaient verrouillés sur lui comme une tête chercheuse. Ses pupilles étaient rétractées, fendues, mais plus de la même bestialité que la veille. Non. C’était… Une lucidité dérangeante. Elle semblait le sonder. Son regard brillait d’une lueur nouvelle, comme si quelque chose d’éteint depuis bien longtemps s’était ravivé en elle.

Quand il essaya d’approcher sa main gauche, la renarde poussa des crachotements, son échine s’hérissant et sa queue en panache se recourbant, les oreilles rabattues contre son crâne. Carl devait prendre son mal en patience, mais… Plus cela perdurait, plus la renarde risquait de perdre du sang ou de se rebiffer contre lui par pur énervement. Et si elle paniquait, elle se heurterait aux parois en tôle de l’habitacle.

— “Shh, tout doux… C’est juste… Un mauvais moment à passer, à peine trente secondes…”

Sa voix s’était faite plus basse et plus grave, tentant d’apaiser l’animal par l’intonation et le calme.

— “Je vais juste changer le bandage…Et je sais… Je sais que tu as peur. Je ne t’en veux pas.”

Rien n’y faisait. Elle ne voulait pas qu’il tende sa main. Elle faillit même le pincer quand il s’aventura un peu trop loin à son goût et se tourna dans un autre sens avec une moue presque boudeuse et emplie d’une haine palpable, un dégoût clair et net de l’être-humain qu’il était.

Il soupira.
— “Je suis qu’un vieux flic avec une main inutile, et toi t’as l’air d’avoir toutes tes dents. Je compte pas te faire de mal. Je pourrais te laisser crever, éviter de risquer ma main gauche, mais j’en ai pas envie, alors est-ce que tu peux, s’il te plaît, coopérer ne serait-ce qu’une minu-...”

Un spasme brûlant se propagea dans sa main droite fourrée dans le gant en cuir alors que sa pression et son angoisse montaient. Il eut un petit geste incontrôlé et un petit râle lui échappa. Puis une peur panique qui s’empara de lui en se rendant compte que cette main handicapée avait brusquement et accidentellement dévié vers la renarde, un enchaînement de pensées traversant son esprit épuisé. Il s’imagina directement le pire: les crocs se plantant dans son gant, transperçant le cuir puis sa chair déjà trop meurtrie.

Et pourtant, rien ne se passa.

Pas de morsure.

Pas de recul.

Même pas un crachotement.

Les pupilles de la renarde s’étaient subtilement dilatées, et elle voulut se pencher vers la main avant que Carl ne la retire vivement par réflexe.

Puis il eut une illumination.

— “Attends, tu…”
Il fronça les sourcils.
— “Tu préfères celle-ci ?”

Il fit un test. Il avança sa main gauche.
Elle crachota.
Alors il la recula, puis avança la droite.
Elle garda le silence.


Il pensa comprendre. Il n’était pas certain de sa théorie. Mais si elle s’avérait confirmée, alors elle était très maligne.

Elle voyait en sa main gauche un outil destructeur. Cette main pouvait l’empoigner. Frapper. Torturer. Faire du mal.

L’autre, la renarde avait déjà réalisé qu’elle ne pouvait pas faire de mal. Pas sans lui infliger un retour de bâton. S’il utilisait cette main en vrac, il souffrirait autant qu’elle, ou plus. C’était comme… Un niveau équitable.

Cependant, il ne pouvait pas l’utiliser pour changer le bandage. Il n’aurait jamais la précision requise. Il n’était pas capable de porter grand-chose avec. Il n’arrivait même plus à écrire des rapports. C’était trop instable.

— “Petite, cette main… Elle ne peut pas t’aider… Elle est… Elle… C’est juste une extension qui ne sert plus à rien.”


La vision de Carl se troubla à peine, embuée malgré lui, une boule se formant dans le creux de sa gorge.

Très lentement, il fit glisser le gant en cuir, laissant alors apparaître sa main déformée et gonflée par son ancienne blessure de New-York.

— “Tu vois ?”

La renarde se mit à renifler la peau. L’impact de la balle. Elle y allait avec une douceur extrême… Et Hickman ne put s’empêcher de retenir son souffle. Si elle le voulait, elle pouvait lui déchiqueter le peu qui demeurait. Il s’attendait même à une vague de douleur qu’il allait devoir retenir quand elle déposerait son petit nez froid sur sa cicatrice.

Mais elle ne posa pas sa truffe. Elle inspecta de très près, sans jamais toucher, si ce n’était du bout de ses vibrisses. Le regard de la renarde était traversé par une salve d’émotions qui s’y bousculaient. Elle prenait soin de ne pas lui faire de mal…?

Est-ce que c’était volontaire ? Hickman ne le savait pas.

— “Je l’ai dit, elle est inutile…”
Il inclina la tête.
— “Ou… Peut-être pas…”

Il tenta le diable.

Alors que la renarde était préoccupée à passer sa main droite au peigne fin à l’instar d’un profiler en pleine scène de crime, Carl fit passer sa main gauche hors de son champ de vision pour atteindre son aile.

— “D’accord petite… C’est ça, occupe-toi de ma main, fais pas attention au reste, tout va bien se passer…”

Il crut que son cœur allait exploser dans ses côtes tant ne croyait pas à son stratagème. Il devait s’efforcer de ne pas trembler et d’agir assez rapidement pour qu’elle ne se rende pas compte qu’il était en train de toucher à son bandage. Et à une seule main, c’était vraiment difficile.

Et pourtant, il y parvint. 

Il y parvint.

La petite créature était trop emportée par son intérêt pour ce que Hickman prenait pour le plus grand fardeau de sa vie. Il crispait la mâchoire en déroulant le bandage déjà installé et en le remplaçant. Un léger coup d'œil furtif vers la plaie lui permit de voir qu’elle n’était pas très belle à voir pour l’instant.

Il laissa échapper un souffle qu’il ne s’était pas rendu compte avoir retenu tout en ramenant sa main gauche chargée de la compresse usée.

— “Peut-être qu’elle n’est pas si inutile que ça finalement.”

Il osa une approche. Il effleura à peine les pattes de la renarde du bout de ses phalanges droites, chose qu’il ne ferait jamais habituellement. Juste… Pour montrer qu’elle ne faisait pas de mal, tout en lui laissant l’espace pour reculer si c’était de trop.

La créature laissa faire, son souffle irrégulier, le regard mêlé entre l’inquiétude et l’intrigue, à la limite de la fuite, mais avec cette tête qui s’inclinait et qui observait. Ses poils jusque-là hérissés dans sa nuque se lissèrent. Carl retira sa main. Il ne cherchait pas à la submerger en prolongeant de trop. Il fallait qu’elle associe ce geste à du positif. Pas à une surcharge ou une insistance.

Il esquissa un sourire. Un vrai.

— “Voilà… Je suis fier de toi. Et t’as réussi à foutre la pétoche à un flic de New-York comme moi. C’est pas rien petite.”