Chapter Text
Il était une fois, au sommet d’une montagne escarpée et isolée de toute civilisation, un immense château de glace qui se découpait contre le ciel pâle.
En ce lieu reculé et austère, vivait un homme, un sorcier : Exer.
Deux années s’étaient écoulées depuis qu’il avait choisi l’exil, refermant son cœur dans l’apathie la plus totale. il s’était vidé de lui-même, n’étant plus qu’une ombre de ce qu’il a été. Toute émotion n’était qu’un fardeau et il valait mieux s'en débarrasser, tel était son mantra.
Mais les souvenirs sont traîtres et, malgré sa solitude béate, il souhaitait avoir une fenêtre sur le monde extérieur, ne serait-ce que pour voir ce qu’il était advenu de ce qu’il avait abandonné. Peut-être qu’au fond de son âme, il souhaitait pouvoir apercevoir la personne à qui il devait tout et qu’il avait tellement déçu : son père.
Alors il façonna un miroir enchanté puis le brisa en sept morceaux et en conserva un pour lui. Grâce à sa magie, les autres fragments du miroir furent dispersés à travers le pays et le sorcier pouvait désormais, grâce à son propre éclat, voir tout ce que reflétait chacun des fragments éparpillés.
Malheureusement, en plus de n’avoir jamais réussi à atteindre son père, les fragments qu’il avait semés ne montraient que la cruauté, l’envie et la haine qui sommeillaient dans le cœur des hommes. Partout où ils se trouvaient, les éclats semblaient amplifier les faiblesses et enlaidir les âmes.
Exer, par réflection, sembla alors perdre encore plus de lui-même.
C'est alors que quelque temps plus tard, un jeune homme blond et aux yeux bleus trouva un des derniers fragments, enfoui sous une couche de neige épaisse. D’abord hésitant, il finit par garder le morceau avec lui et le fit transformer en un petit miroir à manche joliment orné de petites pierres colorées. Ça lui avait coûté eaucoup d'économies, mais c'était parfait.
Le cadeau idéal pour l'anniversaire de sa sœur jumelle.
Ce fut au moment où la jeune femme reçu son cadeau que tout changea.
Le fragment qui lui avait été offert ne sembla refléter aucune des laideurs qui avait perverti tant d’autres. Exer, à travers propre éclat, l’observa longuement sans comprendre.
Sa beauté, ne tenait pas tant à ses traits qu’à la façon dont elle regardait le monde. Tout en elle respirait la tendresse : son amour fraternel, l’immense gratitude qu’elle portait à son frère pour ce présent, la manière précautionneuse dont elle le déposait chaque matin sur sa coiffeuse, le soin qu’elle mettait à en épousseter la surface, ainsi que sa façon d’agir avec les autres, toujours avec bienveillance.
La magie du miroir, d’ordinaire prompte à révéler la vanité et la rancœur, glissait sur elle sans prise. Sa lumière intérieure la faisait rayonner, et jamais Exer n’avait vu pareil éclat d’humanité. Elle semblait être née pour contredire tout ce qu’il croyait des hommes : leur cruauté, leur faiblesse, leur laideur.
Les jours passèrent, puis les mois. Exer, malgré l’apathie qui le gouvernait, revint à elle sans cesse. Ce n’était plus seulement de la curiosité, mais une forme d’obsession qui s’emparait de lui.
Il guettait ses gestes, sa voix, ses sourires.
Elle était la seule image du monde qu’il supportait encore de regarder, la seule à ne pas lui rappeler tout ce qu’il détestait en lui-même.
À travers elle, il crut entrevoir une possibilité : celle d’être sauvé. Si un être tel qu’elle pouvait exister, alors peut-être pouvait-il encore redevenir autre chose qu’une âme brisée.
Et plus le temps passait, plus cette idée s’enracinait jusqu’à devenir certitude.
Un soir, convaincu qu’elle seule pouvait le guérir de la magie qui l’avait dévoré, il décida de se montrer à elle.
Mais la jeune femme, épouvantée par cette apparition surgie du miroir, le rejeta violemment.
Et dans le silence qui suivit, le sorcier comprit, sans douleur, mais avec une lucidité amère, qu’elle ne serait jamais son salut.
De ce constat naquit une idée tordue et on ne peut plus cruelle : la faire souffrir à travers ce qu’elle avait de plus cher. À travers celui-là même qui lui avait offert ce miroir : son frère jumeau, David.
Alors, au cœur d’une nuit glaciale, il modela dans la glace deux gardes immenses, sans souffle ni âme, à qui il donna pour seul ordre de lui ramener le frère de la jeune femme, vivant et indemne.
