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Fandom:
Relationship:
Characters:
Language:
Français
Stats:
Published:
2023-06-26
Words:
1,191
Chapters:
1/1
Comments:
2
Kudos:
2
Hits:
37

La première nuit

Summary:

« Tu finiras bien par l'apprendre, même si cette idée me répugne. » Une conversation sur quelques sujet sérieux, entre autres. Traduction.

Notes:

Note de l'auteur :
Pour Honigfrosch.
Honigfrosch m'a poliment demandé une conversation sur un sujet théologique ou philosophique. Peu importe le ton (colère, amertume, ruse, honnêteté ou une simple discussion entre amis) eeeet disons que c'est devenu un peu de tout ça. Au pieu.
Rating/avertissement: R / discussion sur la discrimination/antisémitisme de l'époque.

Note de la traductice :
Merci à Liriaen de m'avoir permis de traduire sa fic. Ce fandom est beaucoup, beaucoup trop petit :') il faut bien gonfler un peu ce qu'on a.

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Ses doigts tracent la ligne duveteuse qui descend du nombril de Miguel vers son bassin. Il ne comprend toujours pas ce qui a bien pu se passer la nuit dernière. Comment il se sont retrouvés là, alors qu'ils ne faisaient que partager un repas et un lit (et pourquoi pas ? Sa maison n'est pas grande, il n'a pas de chambre pour les invités, et sa couche est largement assez spacieuse – d'ailleurs, un peu partout en ville, des familles entières se partagent des paillasses deux fois plus petites), pour se mettre à échanger des baisers hésitants. Comment ces effleurements ont-ils pu se changer en morsures, et comment la fièvre a-t-elle pu les saisir au point que de tendres caresses ils soient passés à des embrassades aussi fougueuses ?

Il observe Miguel étendu sur son dos dans les rayons du petit matin, plus détendu qu'il ne l'a jamais vu. Comme s'il avait retiré l'armure qu'il portait toujours sous sa peau, ne laissant plus que souplesse, langueur et velours. Ses doigts effleurent son sexe, avant de se figer.

« Un problème? » Miguel ouvre des yeux encore lourds de sommeil. Sa voix est rocailleuse, mais pas à cause du réveil. « C'est la première fois que tu en vois un ?

- Comme ça, circoncis ? Je suppose, oui. »

Miguel lui agrippe furieusement la main. Dommage pour la détente.

« Et donc ? » demande-t-il d'un ton acerbe. « Quoi, ça change tout, c'est ça ? Désolé, Angelo. Tu as couché avec un Juif.

- Pas la peine d'être comme ça. » Il se sent d'humeur à riposter, à rétorquer avec hauteur, mais ça, c'est avant que leurs regards se croisent. « Je le sais, que tu es juif. C'est l'une des premières choses que tu m'aies dites sur toi. Ça n'a jamais posé problème, si ?

- Non, mais ça pourrait. » Miguel se redresse sans lâcher les doigts d'Angelo, leur emprise ferme et douloureuse. « Tu as déjà écouté Savonarola ? Ce qu'il a à dire sur les miens ? Ce à quoi il encourage tous les bons Chrétiens ? »

Angelo parvient à libérer sa main. « Savonarola est un enragé, un démagogue. Il frôle l'hérésie ; même Cesare le dit.

- C'est vrai, » souffle Miguel, « mais c'est seulement parce qu'il prêche la pauvreté. Même si Cesare lui donne raison sur ce point, la Curie ne le tolèrera pas. Alors, j'imagine qu'il ne nous reste qu'à attendre de voir ce qui fera trébucher le bon frère, si ça arrive un jour, n'est-ce pas ? Peut-être qu'il aura le temps de déchaîner la foule avant que le Cardinal Riario ou le Vatican finissent par intervenir. »

Avec une certaine tristesse, Angelo se penche vers Miguel dans l'espoir retrouver l'intimité de leur sommeil partagé. La certitude de la nuit dernière. Ils l'avaient, cette tendresse, il y a tout juste un instant, avant qu'il ne vienne tout gâcher. Déjà, il déplore d'avoir perdu cette aisance sereine que Miguel prenait avec lui.

« Pourquoi est-ce que tu dis à tout le monde que tu es juif ? » demande-il dans un murmure. Il ne comprend pas pourquoi Miguel commence toujours par le stoïcisme, par ce bouillonnement de rejet, comme s'il voulait toujours être le premier à frapper.

« Parce que vous me jugeriez encore plus sévèrement si je ne le faisais pas. Il y a des règles. » Miguel ferme les yeux et tire le drap vers lui, comme pour s'envelopper dans un linceul. « Tu devrais savoir ça. Tu as étudié le droit civil et le droit canon. »

« Jamais je ne- » Ah, mais bien sûr. Vous, c'est tout un monde. Vous, ce sont tous les Chrétiens. « Je suis désolé, » murmure-t-il avec un élan de douleur.

Il se souvient de Noël, de Cesare resplendissant en évêque, vêtu de brocart d'or, nimbé de la lumière d'un millier de chandelles pour la Messe de Minuit, et de Miguel, défendu d'accéder au Duomo, repoussé dans la pénombre. Il avait ri quand Giovanni lui avait rejoué leurs curieux échanges, à coups de pardon, ma dulcinée, ne de pouvoir te porter pour franchir le seuil de l'église et de oh, comment peux-tu ainsi m'abandonner ? avant qu'ils ne rejoignent l’archevêque. Il n'avait pas compris que ce n'était pas drôle. Que ça ne démontrait que combien les rôles qu'ils n'avaient pas choisi leur irritaient la peau.

« Je suis désolé, » répète-t-il. Il ne sait pas si c'est une bonne idée d'essayer de glisser une main dans le cocon de Miguel, mais il choisit de tenter sa chance.

« Ce n'est pas ta faute. » Miguel se défait légèrement des draps, lui permettant de se lover un peu plus près contre lui.

Il sent bon, Miguel. Le musc, la paille et les chevaux, une fragrance de balsamine sûrement hors de prix, un fond de sueur. Il sent l'homme. Rien à voir avec Emilia, la jolie brodeuse de l'atelier de couture. Son corps est tout en angles et en fermeté ; pourtant la nuit dernière il était aussi tendre qu'elle.

« Tu n'as jamais pensé à repartir en Espagne ?

- Non, » murmure Miguel. « Il n'y a rien pour moi là-bas. Ce serait du suicide. » Il se frotte les yeux, gratte le début de barbe qui se dessine sur ses joues. « Tu as entendu parler du Décret de l'Alhambra de la reine Isabella ? Non ? Depuis mars, les Juifs ne sont plus autorisés à vivre en Espagne à moins de se convertir. Ce qui ne vaut pas grand chose, puisque si ça en vient à ça, les marranes se feront massacrer aussi bien que les pratiquants. Dans leur infinie bienveillance, leurs Majestés Catholiques ont donné à mon peuple jusqu'à la fin du mois de juillet pour disparaître du territoire espagnol.

- Oh. » Angelo ne sait pas quoi dire. Pour lui, c'est cruel. Injuste. Ses doigts maladroits se glissent dans les boucles de Miguel. « Je suis content que tu sois là, alors. Tu es en sécurité avec les Borgia, non ?

- Angelo, tu es d'une innocence à faire pâlir les chérubins. »

Il se sent furieusement rougir en faisant glisser le drap à bas de Miguel. Du bout des doigts, il suit la trace de son flanc, la courbe de sa hanche, la longueur de son sexe.

« Mais pourquoi faut-il que ce soit comme ça ? »

Un faible sourire en coin.

« Tu parles de ma verge, ou du besoin des Hommes d'avoir quelqu'un à haïr ?

- De ça. » Ses joues le brûlent. « De la haine.

- Je ne sais pas. » Miguel se retourne et se laisse fondre dans ces mains si douces. « Non, en fait, si, je sais. Et tu finiras bien par l'apprendre, même si cette idée me répugne. Tu veux bien te taire, maintenant ? »

Oui, il le sait, qu'il est naïf, merci bien, tout le monde le lui dit. Mais pour une fois, il a l'impression d'avoir trouvé un domaine dans lequel il a un certain talent inné. Et c'est encore mieux à la lumière du jour, la lumière du matin illuminant chaque recoin de leur peau, jusqu'à la sueur qui ruisselle le long de leurs jambes. Il observe Miguel le temps d'un battement de coeur ; il ressemble à un chat qui se prélasse sur un coussin, sans pourtant jamais vraiment rentrer les griffes.

« Miguel va passer la nuit ici, » a-t-il dit à Maria. C'était aussi simple que ça. C'est tout le reste, il le sent bien, qui va être compliqué.

Notes:

Note de l'auteur :
Qu'on soit bien clairs : la persécution des Juifs n'a rien de léger ; il ne faisait bon être juif nulle part en Europe aux XVe et XVIe siècles, et surtout pas en Espagne. C'était audacieux de la part de la mangaka et de son consultant en histoire d'avoir fait de Miguel un séfarade, ça leur a permis de mettre en lumière certains aspects de la Renaissance qui sont souvent ignorés.

Note de la traductrice :
Un séfarade (ou sépharade, les deux existent), c'est un Juif originaire de la péninsule ibérique. J'aime bien apprendre des nouveaux mots.