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James ne supportait plus l’isolement. Rester toute la journée dans un petit appartement, ce n’était pas vraiment son truc. Lui qui bougeait sans arrêt et se précipitait vers le danger, il devenait peu à peu aigri et insupportable. Edmond avait beau lui rendre visite et discuter, cela ne reproduisait pas l’illusion d’un quotidien ordinaire. Gallagher faisait de son mieux pour le canaliser et le rassurer, mais le détective n’en faisait qu’à sa tête. Il s’en fichait d’être en cavale, il voulait à tout prix résoudre cette sordide affaires de masques biotechnologiques.
Cette nuit-là, ce fut la fois de trop. Edmond se rendit encore dans la planque, histoire de converser avec son collègue et l’empêcher de commettre le moindre faux pas. Comme d’habitude, James ne l’écouta pas et renversa chaque argument avec dureté.
— ça me rend dingue d’être ici, tu comprends ? Je ne fais que mon travail, je vois pas pourquoi Coates me considère comme un criminel maintenant.
— Parce que… Tu n’agis pas comme il le veut, répondit Edmond. Je ne te dis pas que c’est une mauvaise chose, loin de là…
— En attendant, ces salopards continuent leurs expérimentations et recherchent une pauvre gamine qui n’a rien demandé. Et moi, je croupis ici en attendant qu’on me foute la paix.
— C’est bientôt terminé, James. Tu pourras bientôt sortir de cette cachette. Ce n’est qu’une question de temps !
— Bon Dieu de merde, Eddie, c’est pas toi qui restes dans cet appartement toute la journée à regarder l’heure défiler ! J’en peux plus ! Je veux retrouver les gars de LIVE Corporation et les coffrer, tu comprends ça ?
Le sergent soupira et hocha la tête. Quelle tête brûlée… Jamais il ne parviendrait à raisonner un homme aussi têtu que James Blood. Son nom disait tout de lui, il avait cette personnalité sanguine qui effrayait autrui. Mais Edmond et Gallagher étaient les seuls à lui résister, eux seuls avaient cette détermination à contenir ses excès et lui rappeler les règles.
Edmond s’érigea en barrage face à la frustration de son collègue. Celui-ci le sentit bien et se leva de sa chaise, avant de faire les cent pas et grommeler. Il détestait cette insurrection perpétuelle, à croire qu’on l’écartait volontairement de cette affaire. En lui gronda une tempête impétueuse, celle qui détruirait tout sur son passage. Un flot colérique frappa ses nerfs et irrita son esprit. De son côté, son ami resta calme face à ce tourbillon qui se réveillait. Il avait l’habitude, ce n’était pas la première fois qu’il le voyait aussi nerveux.
L’atmosphère était si lourde dans ce logement exigu. Dehors, un orage gronda et menaça de tomber. Il lâcha sur la ville tout son désarroi. Edmond quitta sa place et se dirigea vers James, qui observait la mer par la fenêtre. Elle s’agitait en même temps que le ciel. Elle remuait sans cesse, se jetait dans le canal et s’abattait contre le port de Londres. Elle était sauvage, intrépide.
— Navré pour tout ce que tu traverses, James, murmura le plus jeune. Je comprends que ce soit dur pour toi.
— Tu es bien le seul à m’écouter, Eddie, répondit l’autre sur le même ton. Je sens que je vrille.
Le sergent ne prononça plus un mot et laissa ses émotions prendre le relais. Il tendit les bras et attira son collègue dans une étreinte. Tel un marin en mer, il s’engagea dans le déluge de cette colère et s’y aventura pour y trouver une sorte d’apaisement. Ses mains nagèrent sur le dos de James. Son corps se laissa bercer par les soupirs de celui-ci, aussi légers que des vaguelettes roulant sur l’eau.
En voyant le brun se montrer plus téméraire, il regarda d’un œil brillant toute cette agitation. Les doigts de James l’emportèrent vers des torrents plus forts, ces tourments qu’il n’avait jamais montrés. Bien vite, Edmond sombra dans le maelstrom et finit dévêtu, agité, noyé dans les supplices de son partenaire. Ils se retrouvèrent mutuellement dans cette agitation, au rythme de la mer du Nord qui frappait la terre ferme. Ils grognèrent comme l’orage grondait au-dessus d’eux. Le plus jeune écouta avec attention ce déferlement. Tout remuait autour de lui, le ciel, l’océan, la ville, la pluie, le corps de James. Oui, le pauvre était en train de vriller. Mais l’autre aimait cela. La libération était proche.
Leurs éclats de voix se mêlèrent à ceux des éclairs. En eux tourbillonnait une volonté de relâcher ce tracas. Leurs peaux rougissantes furent tantôt mordues par des dents avides, tantôt caressées par des doigts tendres, tantôt cajolées par une langue brûlante. Les trombes d’eau libérées par l’orage claquèrent les trottoirs, comme la main de James sur la cuisse d’Edmond. Le jeune homme s’agrippa à l’autre et gémit contre son oreille, la chair comblée par ce torrent colérique se déversant sur lui.
